LA FRANCE A BRILLÉ DANS LA TECH,
ELLE PEUT ENCORE RIVALISER AVEC LES GÉANTS DU NUMÉRIQUE

 

« Je n’ai rien à cacher » : vraiment ?

 « De toute façon, on n’a pas le choix, alors autant utiliser Google, Microsoft et les autres… » Si cette phrase vous semble familière, c’est que la question de la souveraineté numérique est souvent reléguée au second plan. Pourtant, nos données sont devenues un enjeu de pouvoir et de dépendance économique. Chaque fichier stocké sur un cloud américain, chaque email échangé sur une plateforme non souveraine, chaque réunion tenue sur un outil non européen renforce cette dépendance.

« Si vous contractez en dollars, si un mail passe par un serveur basé aux Etats-Unis, si un citoyen américain est dans le dossier, cela lui suffit pour intervenir. » Frédéric Pierucci, un ancien cadre supérieur d’Alstom

Mais avons-nous vraiment toujours été dépendants ? La France a longtemps été un leader technologique. Dans les années 60, sous l’impulsion du Plan Calcul, notre pays a investi massivement pour développer une industrie informatique nationale capable de rivaliser avec les géants américains. Des entreprises comme Atos, Bull, et Alcatel ont été des pionniers du secteur. À son apogée, Alcatel était le deuxième plus grand fabricant de téléphones portables au monde.

Alors comment avons-nous perdu cette souveraineté ? Et surtout, comment pouvons-nous la reconquérir ?

Un enjeu majeur : la souveraineté numérique en danger
Pourquoi reprendre le contrôle de ses données ?

 
 Les entreprises et administrations doivent absolument se réapproprier leurs données, sous peine de :

  • Subir les lois extraterritoriales comme le Cloud Act, qui permet au gouvernement américain d’accéder aux données stockées chez Microsoft, Google ou AWS, même en dehors des États-Unis.
  • Payer des amendes RGPD salées : Plusieurs entreprises européennes ont déjà été sanctionnées pour avoir stocké des données clients sur des serveurs non conformes.
  • Rester sous perfusion des GAFAM : Un simple changement de politique tarifaire de Microsoft 365 ou Google Workspace peut impacter des milliers d’entreprises européennes.
  • Risque de perte de souveraineté industrielle : L’exemple d’Alstom, dont certaines divisions ont été rachetées par General Electric après l’arrestation de son dirigeant Frédéric Pierucci, illustre la façon dont la dépendance aux infrastructures étrangères peut devenir un levier de pression économique.
  • Affaiblissement des industries stratégiques : AlcatelTechnip, ou encore des entreprises du secteur de l’énergie et des télécoms ont vu leurs actifs et brevets passer sous contrôle étranger faute d’une protection souveraine adéquate.
  • Dépendance technologique critique : La France a confié l’hébergement des données de santé du Health Data Hub à Microsoft, soulevant des questions sur la souveraineté des données médicales.

Pourquoi cela nous concerne tous ?
 Quelques chiffres édifiants :
  • 80% des données des entreprises européennes sont stockées sur des serveurs américains (source : Capgemini, 2024).
  • En 2023, l’UE a infligé une amende record de 1,2 milliard d’euros à Meta pour violation du RGPD (source : Commission européenne, 2023).
  • Les entreprises européennes dépendent à 92% de logiciels américains pour leurs communications internes (source : Gartner, 2024).


« Cette affaire révèle comment des entreprises stratégiques françaises peuvent être déstabilisées et rachetées par des intérêts étrangers sous couvert de procédures judiciaires. » Frédéric Pierucci, un ancien cadre supérieur d’Alstom

De la souveraineté industrielle à la colonisation numérique

 Certains objecteront que la mondialisation favorise les meilleures technologies et que l’interdépendance est inévitable. Pourtant, l’Histoire nous montre que les nations qui ne protègent pas leurs industries stratégiques finissent sous influence étrangère. La France, autrefois une puissance technologique majeure, a perdu du terrain en abandonnant progressivement sa souveraineté numérique.

Nous avons été des pionniers :
  • Dans les années 1960-70, le Plan Calcul a permis à la France de développer son propre secteur informatique, avec des entreprises comme Bull et CII-Honeywell rivalisant avec IBM.
  • La France était la deuxième nation au monde en nombre d’ingénieurs, juste derrière les États-Unis. Nos écoles formaient des milliers de talents qui travaillaient sur des innovations technologiques stratégiques.
  • Alcatel, dans les années 1990, était leader mondial des télécommunications et le deuxième plus grand fabricant de téléphones portables au début des années 2000.
  • Atos, fleuron du numérique, a joué un rôle clé dans les supercalculateurs et la cybersécurité.

Puis, nous avons tout laissé filer :
  • Le rachat d’Alstom par General Electric, privant la France de son indépendance dans le secteur énergétique et industriel.
  • La vente des activités télécoms d’Alcatel à Nokia, éliminant notre capacité à concurrencer Huawei ou Ericsson.
  • L’hébergement des données de santé du Health Data Hub par Microsoft, au mépris des infrastructures cloud françaises.
  • La fuite des cerveaux : la dévalorisation des métiers techniques et l’absence de politique ambitieuse ont poussé de nombreux ingénieurs à s’expatrier vers les États-Unis ou la Chine.

Aujourd’hui, nous vivons une colonisation numérique. Nos outils, infrastructures et données sont sous contrôle étranger. Que se passerait-il si une crise géopolitique poussait les États-Unis à restreindre l’accès à leurs services cloud ? La dépendance aux géants américains et chinois met en péril notre souveraineté économique et technologique.

La France doit cesser d’être une simple consommatrice de technologies étrangères et redevenir une nation innovatrice. Nous en avons le potentiel. Nous avons déjà prouvé que nous pouvions rivaliser avec les plus grands. Il est temps de retrouver cette ambition.

Les scandales de cybersécurité qui prouvent l’urgence de la souveraineté numérique

 Si vous pensez que confier vos données aux GAFAM est sans risque, voici quelques exemples récents qui montrent à quel point la dépendance aux géants américains met en danger vos informations personnelles, votre vie privée et votre sécurité :

Vous pensez être protégés ? Voici la réalité :

  • 🇺🇸 La fuite massive de Facebook (2019 & 2021) : Les données personnelles de plus de 533 millions d’utilisateurs ont été exposées, incluant numéros de téléphone, emails, noms et dates de naissance. Une mine d’or pour les cybercriminels qui s’en servent pour des arnaques et usurpations d’identité.
  • 🇺🇸 Google Chrome : le cheval de Troie de la publicité ciblée : Google collecte en permanence vos habitudes de navigation, vos recherches et votre position. Vous êtes le produit : chaque recherche alimente ses algorithmes publicitaires et renforce son monopole.
  • 🇺🇸 Le piratage massif de Yahoo (2013-2014, révélé en 2016) : Près de 3 milliards de comptes ont été compromis, l’une des plus grandes fuites de données de l’histoire. Yahoo a mis plus de 3 ans à révéler l’ampleur de l’attaque, laissant ses utilisateurs dans l’ignorance.
  • 🇺🇸 Amazon Alexa & l’espionnage à domicile : Saviez-vous que les employés d’Amazon ont accès aux enregistrements de votre assistant vocal ? Des enquêtes ont prouvé que des conversations privées étaient écoutées et analysées pour améliorer leurs IA… et potentiellement surveiller.
  • 🇺🇸 Microsoft et le Cloud Act : vos données ne vous appartiennent plus : Toutes les données stockées sur des serveurs Microsoft (OneDrive, Outlook, Teams, etc.) peuvent être réquisitionnées par le gouvernement américain, même si elles sont hébergées en Europe. Une surveillance massive totalement légale.
  • 🇨🇳 TikTok : l’application qui siphonne vos données : Derrière son apparence ludique, TikTok collecte des informations sur votre localisation, vos contacts et votre comportement en ligne, avec des connexions suspectes vers des serveurs chinois.

Utiliser les services des GAFAM/BATX, c’est nourrir la bête

Chaque clic, chaque partage, chaque fichier stocké chez Google, Microsoft ou Amazon alimente leur puissance et leur monopole. Pendant que vous profitez d’un service « gratuit », vous cédez vos données, votre vie privée et votre indépendance numérique.

Ces entreprises deviennent tellement dominantes qu’elles éliminent toute concurrence et empêchent l’émergence d’alternatives souveraines.

Nous devons changer nos habitudes avant qu’il ne soit trop tard.
Il est temps d’agir pour notre souveraineté numérique !

Il est temps de cesser d’être des consommateurs passifs et de redevenir des acteurs de notre futur numérique.

  • Remplacez les services américains par des alternatives souveraines : utilisez Whaller pour vos communications, OVHcloud pour votre stockage, Qwant au lieu de Google.
  • Exigez des solutions sécurisées et respectueuses des utilisateurs : bannissez les outils qui exploitent vos données personnelles à des fins publicitaires ou d’espionnage.
  • Faites pression sur vos entreprises et institutions : informez-vous sur les logiciels qu’elles utilisent et demandez des solutions françaises ou européennes.
  • Soutenez les politiques favorisant la souveraineté numérique : poussez les gouvernements à renforcer la législation en faveur des acteurs français et européens.

« Il est crucial que la France mette en place des mécanismes pour défendre ses entreprises face à des attaques judiciaires et économiques extérieures. » Frédéric Pierucci, un ancien cadre supérieur d’Alstom

Nous avons encore le choix. Mais si nous ne faisons rien, nous perdrons totalement notre liberté numérique.

Et vous, êtes-vous prêt à vous libérer de la dépendance aux GAFAM/BATX ?

 

Grégory Saccomani

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