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Non, vraiment, la souveraineté, ça n'est pas cela.

Je viens de terminer la lecture d'un long article savant, dont l'enseignement principal tient dans ce truisme : "la souveraineté, ça n'est pas le repli sur soi". Ah, comme j'aurais dû user mes fonds de culotte rue Saint-Guillaume pour culminer moi aussi à ce sommet de la pensée ! Je vais cependant m'aventurer à un commentaire par effraction.

Non, effectivement, la souveraineté n’est pas ce repli sur soi que désignent avec une moue condescendante citoyens du monde, "Frequent Travellers" et férus de mercatique.

Elle ne l'a jamais été.

Elle ne le sera jamais.

Naturellement qu'elle n'a rien à voir avec cela !

Entend-on dire de la contestable "mondialisation heureuse" ou de la mirifique "concurrence pure et parfaite" qu'elles seraient une "projection dans le vide" ?

Le syntagme "souveraineté économique" est une expression créée par la carence de ce qu’elle exprime : le Bien commun des peuples libres et souverains, qui veulent à tout prix maintenir leur communauté de destin à travers les âges.

Le marché est bon et nécessaire. Mais il est d'abord et avant tout au service des nations. Il est un moyen utile à leur disposition. Comment dès lors, et pourquoi, une simple modalité économique de transaction entre les peuples, entre les Hommes a-t-elle pu devenir cette espèce de semi-divinité planétaire ?

Les nations, qui sont des familles de familles, comme les familles, commercent, ouvrent à l'aube portes et fenêtres, au prochain et au lointain, connaissent l'intérêt comme l'agrément d'échanger avec l'un et l'autre ce dont elles disposent contre ce qui leur fait défaut, mais savent et doivent aussi les fermer à la nuit tombée, par instinct domestique autant que par prudence.

Eh bien ces peuples, ces nations ne veulent plus aujourd'hui poursuivre leur course folle aux ordres du marché et de ses grands prêtres. Elles n'ont aucune intention de se fondre dans un ensemble gigantesque et indistinct, ni de solder leur félicité et leurs fins supérieures à la demande de quelque gouvernement d'en-haut seul garant de la bonne tenue des comices.

L'aspiration renouvelée à la souveraineté témoigne d'une ambition très raisonnable de veilles et grandes nations éreintées depuis bien trop longtemps par un mouvement centrifuge, systématique et destructeur, qui les a durablement détournées de leur raison d'être, éloignées de leur intérêt bien compris et coupées de leurs racines profondes. Elles meurent d'une certaine soif : La soif de proximité.

C'est la raison pour laquelle elles s'inscrivent désormais dans une saine course, loin, bien loin de la caricaturale accusation du "repli sur soi", mais plutôt vers un vif et salutaire recentrage sur ce qui leur a toujours permis d'être et de durer jusqu'à aujourd'hui.

Et, souhaitons le, de perdurer demain.

Bertrand Leblanc-Barbedienne

 

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