L’idéal reste qu’une entreprise garde son ancrage français tout en rayonnant à l’international.
Avertissement : Souveraine Tech revendique par vocation une approche transpartisane. Seule nous oblige la défense des intérêts supérieurs de notre pays. Nous proposons ainsi un lieu de « disputatio » ouvert aux grandes figures actives de tous horizons. La parole y est naturellement libre et n’engage que ceux qui la prennent ici. Cependant, nous sommes bien conscients des enjeux en présence, et peu dupes des habiles moyens d’influence plus ou moins visibles parfois mis en œuvre, et dont tout un chacun peut faire l’objet, ici comme ailleurs. Nous tenons la capacité de discernement de notre lectorat en une telle estime que nous le laissons seul juge de l’adéquation entre le dire et l’agir de nos invités.
Lundi 30 décembre 2024
Dans le cadre de notre partenariat avec l’IMA à l’occasion du sommet « Souveraineté technologique & Autonomie Stratégique » 🇫🇷 qui aura lieu le mardi 14 janvier au Ministère de l’Economie et des Finances – Bercy, nous sommes heureux de publier aujourd’hui un entretien avec Alexandra André, qui est Directrice Générale de la French Tech Grand Paris. Cette dernière assurera le jour J une keynote d’honneur.
1/ Comment la French Tech Grand Paris contribue-t-elle à renforcer la souveraineté technologique de la France, notamment dans le contexte de la compétition mondiale ?
La French Tech Grand Paris agit comme un catalyseur d’innovation en réunissant tous les acteurs nécessaires à la réussite des startups : investisseurs, services publics, incubateurs ou encore grands groupes. Nous travaillons main dans la main avec ces différents acteurs dans le but d’aider les startups à scaler et d’encourager la collaboration et l’entraide, via des programmes comme le Track IA, HIIT (programme pour startups ups Healthtech), Ville de demain, etc.
2/ Voyez-vous parmi vos membres des entreprises particulièrement animées par cette dimension de souveraineté technologique ?
Des entreprises comme Sirius Space dans le spatial, Quandela dans le quantique, Innovafeed en biotech ou encore Electra dans la mobilité durable illustrent parfaitement cet engagement. Elles ne se contentent pas de répondre aux enjeux technologiques actuels ; elles anticipent également les besoins futurs en s’alignant sur les priorités stratégiques de la France et en s’imbriquant dans le projet de développement de la France à horizon 2030.
3/ Comment distingueriez-vous la « french » de la « souveraine » tech ?
La French Tech, c’est l’ensemble de l’écosystème technologique français. Elle rassemble toutes les startups et entreprises innovantes, quelle que soit leur orientation ou ambition. La Souveraine Tech, en revanche, se concentre sur des solutions critiques pour notre indépendance : défense, énergie, infrastructures numériques. Des initiatives comme « Je choisis la French Tech » viennent renforcer cette dynamique en encourageant à acheter et investir dans des solutions françaises.
4/ Partagez-vous l’idée selon laquelle nous ne ferons pas croître de futures pépites de la souveraineté sans la commande publique et la commande privée (grands groupes) ?
Oui, une startup a besoin de clients pour grandir, et les commandes publiques jouent souvent le rôle de premier soutien en validant la solution et en offrant une stabilité. Quant aux grands groupes, leur rôle est tout aussi crucial, car ils permettent à ces jeunes entreprises de monter rapidement à l’échelle. Sans ces deux moteurs, il est difficile pour une entreprise de réellement décoller.
5/ Le thème des territoires est assez à la mode. Observez-vous des liens qui se tissent entre les différentes « French Tech » régionales avec le « centre du monde » qu’est Paris
Les liens ne sont pas encore assez forts, mais on observe des initiatives communes, notamment autour de thématiques comme la tech éco-responsable où nous avons initié avec l’ADEME et 7 autres communautés et capitales French Tech, une action de sensibilisation à l’échelle nationale. Paris reste un hub central, mais des filières régionales comme la deeptech à Grenoble ou la tech verte à Nantes montent en puissance. Ces collaborations émergentes renforcent l’écosystème dans son ensemble.
6/ Est-ce qu’un membre de la French Tech qui passe sous pavillon américain, c’est un « succès français » ?
Oui, c’est une reconnaissance du dynamisme de notre écosystème et de la qualité de nos startups. Cependant, si cela entraîne une perte de contrôle stratégique ou une délocalisation de l’innovation, cela devient problématique. L’idéal reste qu’une entreprise garde son ancrage français tout en rayonnant à l’international.
7/ L’excellence technologique vous semble t-elle conditionnée par le volume des capitaux placés dans son succès ?
Pas uniquement. Les talents et l’innovation jouent un rôle fondamental. Cependant, il est indéniable que les financements attirent des ressources, des partenaires et permettent de prendre des risques. En investissant davantage, on maximise nos chances de succès.
8/ Faites-vous une différence entre « choose France » et « choose french » et le cas échéant, de quelle nature ?
« Choose France » invite les investisseurs à choisir la France pour s’y installer ou y développer leurs activités. « Choose French », en revanche, valorise les produits et savoir-faire français et donc la collaboration avec des acteurs français, en mettant en avant notre excellence dans divers secteurs.
9/ Voyez-vous des pans de la tech qui mériteraient d’être mieux mis en avant, dans l’idée qu’ils pourraient un jour galvaniser notre souveraineté technologique ? Nous pensons tout particulièrement au « continent » encore mal connu qu’est la photonique.
La photonique est un domaine stratégique pour les télécommunications, l’optique, ou encore les capteurs. D’autres secteurs comme la robotique, les biotechnologies ou les smart cities mériteraient également une plus grande visibilité, car ils pourraient devenir des piliers de notre souveraineté technologique, c’est d’ailleurs un sujet que nous portons en collaboration avec la Métropole du Grand Paris pour les smart cities.invite les investisseurs à choisir la France pour s’y installer ou y développer leurs activités. « Choose French », en revanche, valorise les produits et savoir-faire français et donc la collaboration avec des acteurs français, en mettant en avant notre excellence dans divers secteurs.
10/ On observe aux Etats-Unis un rapprochement de la Silicon Valley et de la Maison Blanche. Pensez-vous que cette tendance va, comme bien d’autres avant, déferler sur l’Europe ?
C’est déjà en cours, même si c’est encore moins direct qu’aux États-Unis. Le Président de la République Emmanuel Macron parle de startups Nation depuis 2015 et il vient de lancer le AI Global Summit qui aura leu en février 2025 avec pus de 85 chefs d’état ayant confirmé leur venue. De plus, des initiatives comme le soutien de notre programme HIIT (santé/ Healtech) sous le haut patronage du Président de la République, montrent que les liens se resserrent. La French Tech a été créée par le gouvernement et dépend de la DGE rattachée à Bercy, donc la connexion existe déjà. Le secteur est à l’affut des derniers changements politiques qui constituent de réels enjeux sur le développement de l’innovation en France. Cela démontre déjà une collaboration étroite mais qui pourrait l’être encore plus et ainsi accélérer notre avance sur des technologies stratégiques.
11/ Comment considérez-vous la question cruciale de notre indépendance énergétique au sein d’une Union Européenne où les deux piliers que sont la France et l’Allemagne ont une stratégie radicalement différente ?
Les divergences entre la France et l’Allemagne compliquent une stratégie commune, mais il est essentiel que l’Europe s’unisse pour éviter des dépendances extérieures en créant une législation plus ferme par exemple. La France peut jouer un rôle de leader, en inspirant le continent avec son mix énergétique basé sur le nucléaire, tout en intégrant les renouvelables.